dimanche 3 novembre 2013

Mode: la dictature du corps divin.


En 1863, Cabanel peint la beauté parfaite, la déesse de l'amour: Vénus. Avec ses longs cheveux, ses courbes voluptueuses, cette femme alors considérée comme canon de beauté serait aujourd'hui qualifiée de grosse. 
Dans notre société ultra-performante, où chacun vise la perfection, la course à la beauté est une obsession.  Luttant contre leur morphologie pour ressembler aux stars et mannequins, femmes et  hommes s'imposent des régimes draconiens, des séances de sport beaucoup trop intensives, sacrifiant au passage leur santé.
Mais comment en est-on arrivé là? Quel rôle a joué la mode dans cette évolution? La "maigreur" des mannequins de nos jours est-elle vraiment anodine?

Si le canon de beauté chez l'homme n'a jamais vraiment changé: musclé, grand, des trais marqués... Celui de la femme est en perpétuelle évolution. Dans l'antiquité et au Moyen-Age, la femme parfaite est ronde. Elle peut porter plusieurs enfants, a les anches larges et une poitrine imposante. La beauté est dans la régularité et la douceur des trais. On se maquille peu et use de peu d'artifices. Il faudra attendre la fin du moyen-age pour que la femme"belle" soit plus grande, plus mince et aux trais fins. Etre forte est tout de même apprécié, symbole ostentatoire d'aisance financière.


La renaissance revient a des valeurs de beauté plus parfaite, régulière...et froide. Les femmes doivent être blanches à tout prix, on se maquille énormément. Elles se tiennent droites, la beauté est idéalisée. Cependant, les femmes fortes restent appréciées: les courtisanes bien en chair s'opposent à la droiture des aristocrates.   



En 1910, la mode garçonne révolutionne le corps de la femme. Etre mince est devenu appréciable, les formes ne sont plus essentielles à la beauté. En 1930, avec les premiers congés payés -et Coco Chanel-, en plus d'être mince, on s'épile et on bronze. Bientôt on porte même des pantalons.

Ce n'est qu'en 1950 que la femme que nous connaissons aujourd'hui apparaît. La photographie se répand, les journaux deviennent plus accessibles, notamment  les magasines de mode comme Vogue qui était jusque là réservé aux femmes riches. Les années 1950, c'est l'apparition des premières pin-up et stars de cinéma, mais surtout des premières top models comme Bettina. Bettina, de son vrai nom Simone Micheline Bodin Graziani fût la muse des plus grands couturiers de l'époque: Pierre Balmain, Christian Dior, Jacques Fath...

"J'étais très jeune et très nature. Je ne portais pas de maquillage et mes cheveux étaient roux. Je suis devenu le visage de Fath." 


Bettina, comme Audrey Hepburn, Marilyn Monroe et les autres stars de son époque incarne la perfection. Les médias font d'elles une femme parfaite. Sa taille de sa guêpe et ses longues jambes donne l'impression qu'elle est un croquis de mode ayant pris vie. Un certain équilibre dans les formes et trouvé. La femme moderne sait qui elle veut être: belle, libre et délibérément sexy.

Mais, d'un seul coup, Leslie Hornby, alias Twiggy débarque. A 16 ans, elle ne pèse que 41 kilos et n'a pas de poitrine. Elle devient une top-model en quelques années. Son corps frêle inspire les créateurs. Twiggy est une véritable révolution. Elle est la première a lancer cette course vers la minceur, même si elle est maintenant la première à juger les mannequins trop maigres. Elle était mince, certe, mais ne mesurait "que" 1m67 portait tout de même du 42... 
10 ans plus tard, les fortes poitrines reviennent à la mode, mais pendant 30 ans, la course à la minceur et la taille ne s'arrêtera jamais. En 1970, on remarque Ines de la Fressange. En 1980, on admire Stephanie Seymour, Kim Alexis, et Carol Alt.

A la fin des années 90 et dans les années 2000, une nouvelle marche est franchie par la mode. "Nous recherchons quelque chose d'inhabituel dans les proportions" disait Karl Lagerfeld il y a quelques années.  Et il a bien raison! Celle qui représente le mieux cette nouvelle tendance est Kate Moss. 
 Kate Moss est probablement la mannequin la plus célèbre de sa génération. 


"C'est autre chose. Elle est loin d'être parfaite, mais elle est plus séduisante que les autres. Elle est plus petite, elle a les jambes arquées et quelque chose dans sa frimousse légèrement de travers, qui fait que c'est elle et personne d'autre. Elle fait moderne sans faire mode." 

Les corps filiformes des mannequins ne plaît pourtant pas à toutes et tous. Une autre tendance affronte celle-ci de plein fouet: la course à la perfection des trais, des formes. L'informatique et les progrès réalisés en matière de chirurgie esthétique ont contribué a créer  un nouveau culte du corps. Des femmes comme Beyonce, Candice Swanepoel, ou la nouvelle it-girl Nabilla en sont l'incarnation. Vous pourrez chercher de nombreuses heures, vous ne trouverez pas un seul défaut dans le physique de la Queen B.: Un visage régulier, une peau sans imperfection, des hanches et une poitrine forte. Elle est l'incarnation de la beauté sensuelle, la Vénus de nos jours.




"Personne ne veut voir des femmes rondes sur les podiums."



Telle est la conclusion, plus ou moins réaliste de Karl Lagerfeld qaund il s'agit de rondeurs. La mode est supposée faire rêver, et je ne comprend pas que l'on s'acharne sur la maigreur des mannequins.

 Certe, il est arrivé de voir des silhouettes indécentes défiler, et il faut agir à partir du moment où la maigreur menace la santé.  Les polémiques sur les mannequins sont nombreuses, et l'OMS interdit les mannequins d'un IMC de moins de 18 de défiler. Mesure tout à fait ridicule puisque l'IMC est subjective: Certains modèles sont   bien au dessous de cet IMC et ne sont pourtant pas anorexiques. 
Il y a bientôt un an, Karlie Kloss faisait scandale avec un shooting pour le Vogue Italien où elle apparaît extrêmement maigre. Il faut bien être conscient que toutes les photos que nous voyons sont retouchées. Karlie Kloss, si vous la voyez en temps normaux, est loin d'être aussi maigre!


Lorsque il y a quelques années Jean-Paul Gaultier fait défiler Beth Diddo, une femme pour le moins obèse dans un défilé, il s'attire toute la sympathie des associations protectrices des mannequins. Mais une Beth Diddo pour marquer le coup, c'est bien. Des Beth Diddo sur toutes les pages de Vogue... c'est un autre problème.
Je ne fais absolument pas la défense de l'ultra-maigreur et de l'anorexie, mais je pense qu'il faut savoir relativiser les choses! 
Cependent cette idéalisation de la maigreur pose un véritable problème: de adolescents et adolescentes mal dans leurs peaux n'ont qu'une envie, ressembler à ces stars et mannequins.
 Je veux par exemple parler de la toute nouvelle tendance du thin-gap ou du mouvement pro-ana
Le thin-gap, c'est que lorsque vous avez les pieds serrés, il y a de l'espace entre vos cuisses. Evidemment, c'est une question de morphologie. Mais, persuadé qu'elles peuvent y parvenir, des adolescentes s'affament ...sans pour la plupart jamais réussir à atteindre leur objectif.
 Le mouvement pro-ana est un culte à l'anorexie. A travers 12 commandement tous plus malsains les un que les autres, des jeunes s'affament et se décharnent. Si on culpabilise énormément les médias pour le rôle qu'ils jouent dans cette affaire, ils ne sont pas les seuls responsables! Il est évident que ce problème relève d'un véritable problème psychologique chez les victimes! C'est comme accuser les jeux vidéos de toutes les violences faites par des malades mentaux!

La femme Barbie, un extrème de la chirurgie esthétique.

Dans le domaine du culte du corps, un second phénomène est à relever: la chirurgie esthétique. De plus en plus de femmes et d'hommes ont recours à la chirurgie pour s'embellir. Si en France, la chirurgie esthétique est quelque chose de "plutôt" rare, en Californie, c'est la norme. Et je ne doute pas que le phénomène se reproduira en Occident. 
"Oui, elle est belle, mais tu comprend...elle est pas naturelle, elle est toute refaite!" Combien de fois avons-nous  cette phrase.... qui a personnellement le don de m'énerver. Personne ne viendrait critiquer quelqu'un qui a un corps parfait parce qu'il fait beaucoup de sport! 
 L'attachement à l'apparence, la superficialité est jugée péjorative alors que nous nous soucions tous de notre apparence. Je ne crois pas que la beauté soit moins importante que l'intelligence -en réalité, je le pense. Mais les deux points de vue se défendent- ! Aussi, si une personne qui se trouve laide ou qui veut devenir "parfaite" a recours à la chirurgie, c'est tant mieux pour elle non?
Parfois, il est vrai que la chirurgie esthétique crée des corps et des visages trop artificiels -Britney Spears?- et c'est dommage, mais cela reste des cas isolés! 

En revanche je pense que cette course à l'uniformisation, à la plastique "parfaite" est regrettable. Il existe beaucoup de beautés différentes, et je pense que chacun -ou presque- peut-être beau à sa manière. 
Qu'en pensez-vous?
  


4 commentaires:

  1. Article intéressant. Cela démontre aussi que nous sommes très manipulés, le "beau" change en fonction des époques et est dicté par les médias et la mode.

    Les mannequins d'aujourd'hui auraient été sûrement considérés comme dégueulasse il y a un siècle.

    L'époque pin-up n'est pas aussi extrême, ces femmes avaient des formes (contrairement à aujourd'hui).

    La minceur va t-elle se démoder un jour ? Certainement... C'est une tendance comme une autre.

    Alexandre

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    1. Vous avez parfaitement raison! Merci de votre commentaire!

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  2. Très bon article !
    Je pense qu'il faut ni dire "il faut voir des grosses partout" , ni "il faut des filles à la plastique reconnue comme parfaite partout". Il faudrait juste voir, autour de soi, sur les pubs dans la rue, à la télé (lorsqu'il s'agit de mode ou de beauté) , dans les magazines -même de mode- de la diversité. On se sentirait mieux !
    http://blog.wearetheshops.com/
    Bonne continuation !

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    1. Merci à vous! Je suis tout à fait d'accord... beaucoup mieux même!

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